• L'été où ma vie a basculée (chapitre 53)

    30 septembre 2013, Retrouvailles, soulagement et crainte
     
                    Après un week-end reposant chez les parents, je suis en pleine forme pour reprendre les cours. J'arrive à la fac avec Marine. Elle a anglais alors que je me dirige en italien. En sortant deux heures plus tard, nous nous retrouvons pour déjeuner avant de retourner en amphi en début d'après-midi. Elle me raconte son week-end à Nantes. J'écoute poliment même si ça me fait mal d'entendre son récit alors que je n'ai plus de nouvelles de Florent. Elle doit le sentir car elle s'arrête au bout de quelques minutes. A la pause, aux alentours de 14h45, je sors me prendre un café. En ce moment, je dors mal et j'ai besoin de caféine régulièrement pour tenir. En sortant, j'ai un choc ! Dans le flot d'étudiants, je suis certaine d'avoir vu Florent. J'en reste bloquée sur place. Pendant a fin du cours, je sirote mon café, la tête ailleurs. J'ai dû mal à rester concentrer. Je vais à quatre reprises pour lui envoyer un message puis renonce et l'enregistre en brouillon. Je n'ose pas non plus en parler à Marine qui est plus préoccupée par son téléphone que par le cours. Elle m'a juste dit que Tristan fini tôt aujourd'hui et qu'il va peut-être venir la voir car il n'a pas cours avant mercredi en fin de journée. Je ne sais pas pourquoi mais à l'instant où elle m'annonce cela, je pressens une étrangeté. A la sortie de l'amphi, Marine se dirige en TD alors que moi j'ai fini les cours pour aujourd'hui. Alors que je sors du bâtiment, je crois voir Tristan cette fois-ci. N'y tenant plus et ayant l'impression de devenir folle, je m'arrête à l'appart du club des cinq avant de rentrer chez moi. Je sais qu'il y a soit Lucas, soit le métis et peut-être qu'ils pourront m'éclairer. J'ai besoin de parler. Quelle n'est pas ma surprise lorsqu'après être entrée suite au « entre » de Lucas, de découvrir Jade chez les garçons. Je lui fais les gros yeux tout en pensant à Louise. Lucas me calme direct en m'expliquant qu'ils ont un exposé à préparer ensemble. Je suis rassurée, mais je me méfie de Jade vu ce que Jessica a dit l'autre jour. Entendant ma voix, le métis me dit qu'il est dans sa chambre. Je vais donc le voir. Je lui raconte tout ce qui m'est arrivé dans la journée. Il me rassure et me dit que je ne suis pas folle, c'est seulement le fait qu'il me manque affreusement qui me fait le voir partout. Je ne suis pas trop convaincue mais bon ... Et pour Tristan, Zach m'apprend qu'il est bien à Rennes, qu'il est arrivé plus tôt que prévu. A l'intonation de sa voix j'ai comme l'impression que ce n'est pas tout à fait imprévu ...
    -          D'ailleurs, il ne devrait pas tarder, il m'a appelé pendant que tu parlais avec Jade et Lucas. Il a croisé Marine qui a été assez froide avec lui et comme elle a encore cours, il va passer à la coloc en attendant.
    -          Ah d'accord, réponds-je pensive.
    -          Dis Camille, m'interroge Zach, je me demandais, tu réagirais comment si Florent te reparlait comme si de rien était ?
    -          Je ne sais pas tant que je ne suis pas confrontée à la situation réellement. Une micro partie de moi lui en veut parce qu'il me laisse sans nouvelles et que je suis tellement inquiète que je ne dors quasiment plus. Mais je sais et je comprends qu'il a besoin de temps pour sa mère. Je pense que je lui pardonnerais dans la seconde où il apparaîtrait devant moi. Il me manque trop pour que je puisse faire autrement. ...
    Zach me sourit. Visiblement satisfait de ma réponse.
    -          Bon, je te laisse, je vais à l'entrainement.
    -          Ok, éclate-toi bien. Tu finis à quelle heure ?
    -          19h30, je suis rentrée vers 20h10, pourquoi ?
    -          Pour savoir à quelle heure je peux passer voir Maëlle.
    -          Pff, tu passes presque plus de temps chez elle qu'ici.
    -          Ne te moque pas sweety, ce n'est pas gentil me répond-t-il de son sourire moqueur.
    -          Arrête avec ce surnom, dis-je feignant d'être agacée.
    -          Ok, ok, j'arrête, dit-il en levant les mains signe de capitulation. Bon entrainement la miss.
    -          Merci.
    Arrivée à la patinoire, je retrouve ma frangine qui est avec Jessica et Maude. J'explique vite fait ma journée aux filles pendant que je me change. J'ai l'impression que tout le monde me cache des choses aujourd'hui. Ça m'agace. Mais mon énervement me donne de l'énergie pour mes sauts, comme souvent. Mon entrainement se révèle donc assez positif. La bonne nouvelle du jour, parce qu'il en faut bien une quand même ! C'est que demain je n'ai pas cours. J'ai juste mes deux heures de travail de 17h à 19h : le soutien scolaire à domicile pour un gamin en primaire. A la sortie de l'entrainement de patinage, j'attends ma jumelle. Cela ne choque personne, vu que les années précédentes cela nous arrivait aussi de faire ainsi. Seul Adrien nous adresse un regard mauvais en sortant. Celui-là, s'il ouvre sa grande gueule, je l'étripe ! Merde, j'ai dû penser trop fort, Maëlle me regarde de travers. Je ne veux pas lui faire de peine, mais ça me parait impossible que l'on s'entende bien un jour. Pendant le trajet retour, je lui raconte les détails de ma journée : avoir cru apercevoir Florent, avoir aperçu Tristan, avoir vu Jade chez Lucas et compagnie. Maëlle me répond que cela doit être de saison car Zach aussi est étrange avec elle. Lorsque nous arrivons devant nos portes d'appartements, Zach y attends Maëlle. Je souris, j'avais oublié de la prévenir qu'il allait passer la voir.
    -          Ma', tu devrais lui filer un double de tes clés, au moins tu aurais un bon petit plat chaud en rentrant, dis-je moqueuse.
    Les deux tourtereaux se regardent et explosent de rire. C'est vrai que le métis est très, très souvent chez ma frangine. J'entre ensuite dans mon appartement en criant à Marine que je suis rentrée. Elle est à l'étage, je l'entends trifouiller dans son armoire. Je finis mes étirements puis me prépare à manger. Marine descend enfin lorsque je finis mon dessert. Elle m'annonce qu'elle sort avec Tristan, qu'il l'attend dans le hall de l'immeuble.
    -          Attend, dis-moi que je rêve ! Tu lui file le code, il entre et reste en bas ? Il ne vient même pas me dire bonjour, ni dire bonjour à Maëlle ? Tu parles d'un ami, dis-je en souriant voyant bien que Marine n'avait pas perçu l'ironie dans ma phrase.
    -          Pourquoi tu n'as pas dit Zach ?
    -          J'ai vu Zach dans l'après-midi, il m'a dit qu'il attendait Tristan d'une minute à l'autre.
    Elle me regarde bizarrement, je sens qu'elle me cache quelque chose, elle aussi.
    -          Tu vois, il n'y a pas qu'à moi qu'on cache des choses, dis-je en souriant malicieusement.
    Le fait qu'elle rougisse me prouve qu'elle me cache bien quelque chose. Et ses yeux noirs, m'informent que j'aurais dû me taire car elle n'a pas l'air d'apprécier que Tristan soit venu à Rennes pour autre chose que pour elle. Ce qu'elle peut être possessive quand elle s'y met ! Puis elle sort toute guillerette dans le couloir. Mon petit doigt me dit qu'elle ne va pas rentrer ce soir. Même si je me demande bien où ils vont aller. A ce moment-là, je ne savais pas encore que j'avais raison, et surtout je n'imaginais pas du tout la raison pour laquelle je n'allais pas revoir ma coloc' ce soir. Vers 22h, alors que je travaille tranquillement à mon bureau, j'entends quelqu'un sonner à la porte. Je pense d'abord à ma jumelle mais souvent elle m'envoie un sms avant. Je regarde mon téléphone : rien. Je finis par descendre au moment où la sonnette se fait entendre une nouvelle fois. Je suis en pyjashort, du coup je crie un « j'arrive » et enfile un legging. J'ai un coup de stress au moment d'ouvrir la porte, et ne pense même pas à regarder par l'œil de la porte avant d'ouvrir. Je tourne le verrou, baisse la poignée et ouvre la porte avant de rester sans voix ! Il me regarde avec un sourire heureux qui m'avait manqué. Mais je suis paralysée par la surprise, les pieds figés au sol, un sourire radieux scotché au visage.
    -          Je peux entrer Camille, me demande Florent d'une voix surprise et mal assurée.
    -          Oui, dis-je en reculant, confuse de l'avoir laissé à la porte.
    Puis l'émotion me submerge et je fonds en larmes alors que je re-verrouille la porte. Il doit m'entendre renifler car il s'approche de moi et me prends dans ses bras. Sans rien me dire, juste pour que je me calme. Heureusement qu'il fait ça sinon j'étais partie pour une crise d'angoisse. Je parviens à me calmer au bout de quelques minutes et j'articule quelques mots.
    -          Qu'est-ce que tu fais ici ?
    -          Maintenant que tout est réglé, je reviens.
    -          Tu aurais pû donner plus de nouvelles ... dis-je d'une voix basse encore étouffée par l'émotion. Je n'en ai plus aucune depuis 20 abominables longs jours.
    -          Je suis désolé ma Camille, dit-il en soupirant ... J'avais besoin de temps pour tout régler. Tu me pardonnes, me demande-t-il d'une voix incertaine.
    -          Oui mais ne me refais plus jamais ça Flo ... Mais dis-moi, je n'ai pas rêvé alors ce midi ? ... Rohh purée je vais les tuer tous qu'ils en sont, que des traitres !, finis-je en souriant.
    -          Camille, de quoi tu parles ? dit-il intrigué.
    -          J'ai cru te voir à la fac en début d'après-midi. J'ai rien dit à Marine, elle était trop concentrée sur les messages qu'elle recevait de Tristan au lieu de l'être sur le cours d'ailleurs. Après j'ai cru voir Tristan. Croyant tourner folle, j'ai été à la coloc des garçons pour en parler avec le métis. Il m'a dit qu'il attendait Tristan. Mais il était bizarre. Après le patinage, Marine était bizarre ausis quand je suis rentrée. Et Maëlle m'a dit que Zach est étrange depuis quelques jours. Tu parles, je suis sûre qu'ils savaient tous que je ne tournais pas folle.
    -          Désolée ma Camille, je ne voulais pas que tu le saches. Mais je te promets que j'en ai parlé qu'à Tristan. C'est lui qui a dû le dire à Zach.
    -          Et tu veux bien m'expliquer ? Maintenant que tu es là, ce n'est pas pour rien je suppose, dis-je malicieusement avant de déposer un léger baiser sur ses lèvres.
    J'en rêvais depuis qu'il est apparu derrière ma porte. Il a l'air surpris.
    -          Merci ma Camille, moi qui pensais que tu ne voudrais plus qu'on soit ensemble même si tu dis m'avoir pardonné ...
    -          Flo, c'est promis je ne t'en veux pas. Maintenant commence ton récit avant que je ne t'en empêche en couvrant tes lèvres des miennes par un tendre baiser.
    Il me sourit, nous nous installons sur mon canapé puis il me raconte sa longue histoire.
    -          Au début, il y avait une très forte chance que ma mère soit transférée à l'hôpital de Rennes. Mais comme il restait un petit doute, je ne t'ai rien dit pour ne pas que tu aies de faux espoirs. Ça été confirmé le 28 août. Mais il fallait encore que je remplisse mon formulaire de la fac pour passer des cours par correspondance aux cours en présentiel. Il fallait aussi que j'aille finaliser l'inscription de mes frangins dans el lycée privé où mon père avait prévu de les mettre. Heureusement c'était à Rennes. Et que je fasse changer leur régime d'interne à demi-pensionnaire. Et surtout il fallait trouver un appart' pour nous trois en urgence. Je te jure que je n'ai pas chômé. Les premiers jours ont été chaotiques. On n'avait presque rien à l'appartement. Puis le déménagement est arrivé. Les gars ont finis par s'intégrer à leur bahut même si je les soupçonne de se couvrir l'un et l'autre quand ils font des conneries. Parfois ils m'épuisent. Je ne voulais pas que tu sois au courant pour ne pas que tu t'inquiètes. Désolé ma belle.
    -          Je me suis inquiétée quand même, mais je ne t'en veux pas. Et ta mère, comment vas-t-elle ?
    Il éclate en sanglots. J'insiste pas et le prends dans mes bras pour le réconforter. Je laisser planer le silence, le laissant libre de dire quelque chose s'il le souhaite.
    -          Jusqu'il y a deux jours je t'aurais répondu en souriant qu'elle était en voie de guérison. Mais, il souffle, il y a deux jours elle a fait une rechute quasi inguérissable ...
    Il recommence à sangloter.
    -          Il ne lui reste que quelques semaines voire deux mois maxi. Elle ne sera pas avec nous à Noël, le médecin nous l'a certifié. Je lui ai répondu que je croyais au miracle, il m'a souris sans rien répondre et il est parti. Camille, j'ai peur, souffle-t-il en se blottissant contre moi.
    Je ne sais quoi dire pour ne pas paraître ridicule. En pareils moments, ne rien dire et être présent est souvent la meilleure attitude à adopter.
    -          Camille, ma belle, j'ai quelque chose à te demander.
    -          Dis mon ange, réponds-je en souriant affectueusement.
    -          Tu veux venir la voir avec moi demain ?
    -          C'est gentil, mais je ne veux pas déranger.
    -          C'est elle qui demande à ce que tu viennes avec moi. Ne te mets pas la pression, dit-il en me voyant paniquer. Elle m'a dit qu'elle veut voir celle qui me rends heureux et qui a évité plus d'une fois que je fasse des bêtises et qui a aussi remis sur le droit chemin mes frangins cet été.
    Je souris.
    -          Je pense que Nico lui a parlé de toi aussi. Il continue de t'appeler son ange gardien.
    Je rigole. Flo me demande pourquoi.
    -          Je préfère largement « ange gardien » au « belle-sœur » qu'il m'a sorti une fois. Je t'assure que le jour-là il a bien rit, content de sa blague et Gab s'est joint à lui sans se faire prier.
    -          C'est bien eux ça, me dit Florent en riant.
    -          Ok pour demain. Il faut juste que je sois à l'heure au boulot. Je fais du soutien scolaire à domicile de 17h à 19h avec un gamin en primaire.
    -          Ok. Merci ma Camille.
    -          Tu as de la chance car c'est exceptionnel que je n'ai pas cours le mardi.
    Il me sourit puis baille.
    -          Reste dormir Flo, s'il te plait, dis-je apeurée qu'il parte alors que ça fait si longtemps que j'attends qu'il revienne.
    -          Ok, dit-il en tâtant le canapé.
    -          Tu rêves là, mon lit est bien plus confortable.
    -          D'accord ma coquine, me dit-il moqueur.
    Lorsqu'il me voit ressortir de la salle de bain en pyjashort, il manque de s'étouffer.
    -          Eh, eh, je ne savais pas qui s'était derrière la porte, je ne pouvais pas rester comme ça.
    -          Pas faux. Ce genre de tenue, ça m'est exclusivement réservé, dit-il en me prenant dans ses bras.
    Nous montons nous coucher. Je suis trop heureuse. Je me blottis contre lui et m'endors rapidement. Stressant tout de même un peu pour le lendemain. Finalement ma nouvelle vie s'annonce encore mieux que je ne pensais : je m'entends toujours aussi bien avec ma sœur et mon adorable Florent est revenu ! 

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