• L'été où ma vie a basculée (chapitre 47)

    Août 2013, 7e semaine de vacances, Jeudi
     
     C'est le portable de Flo qui nous réveille alors qu'il n'est même pas 9 heures. C'est son père qui le prévient qu'il arrive dans une heure. Et là, ... c'est le drame ! Même lorsque nous nous y préparons, nous ne sommes jamais vraiment prêts le moment venu. Florent en lâche son téléphone. Moi, je ne peux retenir mes larmes. Je tente de le cacher, mais c'est raté. Mon chéri le remarque, me serre dans ses bras puis me rassure en me disant qu'il ne va pas partir avant moi. Je lui rappelle de ne pas faire de conneries puis après un énorme câlin, nous nous quittons. Au passage, il me demande de réveiller ses frères. Je commence par Gabriel. Il devait déjà être réveillé car il me répond aussitôt.
    -         Que se passe-t-il Camille ?
    -         Ton père vient d'appeler Flo, il débarque dans une heure.
    -         Oh merde !, dit-il en ouvrant sa tente. Tu sais Camille, je n'ai peut-être pas toujours été sympa avec toi et Maëlle mais je m'en veux parce que sans vous on en aurait fait des conneries tous les trois. Crois mon frère s'il te dit qu'il ne t'oubliera pas et qu'il viendra te voir ... C'est qu'il va vraiment le faire et il a sans doute même une idée déjà dans sa tête.
    -         Ne t'en fais pas, c'est oublié. Je crois Flo, mais aujourd'hui il ne va pas falloir m'en vouloir d'être triste.
    -         Je comprends.
    Il file voir son aîné tandis que je vais frapper à la toile de Nicolas. Lui aussi me répond rapidement.
    -          Ouh là ! Etre réveillé par toi ne présage rien de bon, me dit-il en ouvrant sa toile.
    -         En effet. Ton père vient d'appeler Flo. Il arrive dans à peine une heure.
    -         Oh non, purée pas le batard !
    -         Nico ! Ne parle pas de ton père ainsi, ça reste tout de même ton père !
    -         Je sais mais je ne le considère pas comme tel ! Ça me donne envie de me barrer toute la journée à l'autre bout de Loc pour ne pas le croiser.
    -         Nicolas, dis-je d'un ton las, ne fais pas de bêtise. Déjà que pour moi Flo n'est pas en état de conduire pour rentrer chez vous, ne m'inquiète pas plus.
    -         Tu as raison, comme toujours, sourit-il avant de poursuivre. Florent n'est pas près de t'oublier.
    -         Je sais mais aujourd'hui ce n'est pas la peine de me demander d'être joyeuse.
    -         Je comprends. Aller, reste pas toute seule. Je vais voir Flo.
    Il part et je retourne vers ma toile la tête ailleurs. J'avale un verre de jus d'orange puis vais à la douche. Je me sens vraiment mal. Lorsque j'en reviens, le métis, ma sœur, Lucas et Louise m'attendent de pied ferme dans ma tente. Ils m'annoncent qu'aujourd'hui c'est jeux de société dans la toile de Zach. Je leur souris, comprenant qu'ils font ça pour que je puisse voir l'emplacement de Flo tout en jouant. Ça se sont de vrais amis ! Je prends mon « jungle speed » et mon « trivial poursuit bzh » avant de les suivre. Nous nous installons dans la tente du métis. Lucas laisse la porte ouverte. Je suis assise face à la porte restée ouverte. Ma jumelle me dit que ce n'est pas une bonne idée, que je me fais du mal pour rien. Ça fait maintenant trois heures que Florent est enfermé avec son père dans la caravane. Nicolas et Gabriel sont inquiets et ça ne me rassure pas, mais alors pas du tout. Peu avant midi, Louise et Maëlle préparent à manger. Moi, je n'ai pas faim, mais entre Lucas, le métis, ma sœur et Louise qui insistent, je ne peux refuser de manger. Lorsqu'à la fin du repas, Tristan et Marine passent nous voir, je suis au plus bas, ce qui n'échappe à personne. Le métis m'ordonne d'aller à la plage et me promet de me tenir au courant s'il y a du nouveau. Je vais pour me rebiffer mais d'un regard, il me fait comprendre que ça ne sert à rien de tenter de discutailler. Déçue je retourne à ma tente, range mes jeux et prend mon sac de plage, ayant, comme toujours, déjà mon maillot sur moi. Une fois à la plage, non sans être passé devant l'emplacement de Flo pour y aller, Sophie, Debora, Kevin et Morgane me surveillent comme de l'huile sur le feu pour ne pas que je retourne vers l'emplacement de Florent. Hugo grogne car Morgane le délaisse pour me surveiller. Il ne peut pas être un brin compréhensif de temps en temps celui-là ! Vraiment un égoïste ! Finalement, alors que je somnole sur mon drap de plage, c'est mon chéri qui me réveille avec un doux baiser sur les lèvres.
    -         Mon cœur ! dis-je étonnée et heureuse qu'il soit encore là.
    -         Camille, me souffle-t-il à l'oreille. Je suis tellement content d'avoir réussi à le convaincre, me dit-il les larmes aux yeux.
    -         Chut, lui chuchoté-je, oublie, on est encore tous les deux ici. Profite de l'air marin mon ange.
    -         C'est toi mon ange gardien ma belle Camille, me dit-il en souriant sincèrement.
    Aux alentours de 19h30, alors que le vent se lève et que l'air plus frais me chatouille, je m'aperçois que nous ne sommes plus que tous les deux sur la plage. Dans ma bulle de joie, je ne me suis même pas rendue compte que nos amis sont partis depuis bien longtemps sans doute.
    -         Dis Camille, un bowling tous ensemble ce soir, ça te tente ? C'est le métis qui m'a demandé avant que je ne te rejoigne. Et j'ai oublié de lui confirmer notre présence.
    -         Ok, dis-je avant de poursuivre. De toute façon, si je dis non, je vais avoir tout le monde sur mon dos jusqu'à ce que je dise oui.
    -         Pas faux miss. C'est ça d'avoir des amis bienveillants, me répond-t-il en souriant affectueusement.
    Nous rentrons au camping et, avant de nous quitter afin de nous préparer pour le soir, mon chéri me demande si nous pourrons parler après le bowling, dans sa tente, car il a besoin d'en parler et il ne peut pas le faire avec ses frères. Je lui dis oui avant de lui faire les gros yeux sachant qu'il a encore dû se mettre en difficulté. Il comprend le fond de ma pensée et me rassure avant de me dire qu'il n'a pas eu le choix. Alors qu'il s'éloigne, je l'entends dire que c'est du lourd. Je m'attends donc au pire. Mais le pire ce n'était pas encore assez ! Je n'ai pas pour but d'insulter les gens que je ne connais pas mais là, c'est plus fort que moi. Leur père est vraiment un connard ! Une enflure ! un enfoiré ! Et plus encore. Bref ... quand j'ai tout appris, j'ai été choquée et j'ai compris pourquoi Flo avait fait ces choix-là. Il est 21h lorsque je les retrouve tous au bowling. Nicolas me sourit et me dit qu'avec Gab ils ont eu peur que leurs anges gardiens ne viennent pas. Je me demande pourquoi il parle au pluriel et me retourne. Je vois Maëlle et Gabriel qui discutent tranquillement. Je me retourne de nouveau vers Nicolas.
    -         Aurais-je loupé un épisode ?
    -       Moi aussi et je me dis ça depuis cet après-midi où il a été spontanément vers elle pour discuter après avoir déclaré avoir besoin de soutien extérieur. Je crois qu'il a vraiment compris qu'elle veut l'aider en tant qu'amie.
    Je vais ensuite voir mon chéri qui est avec Tristan, le métis et Lucas. Comme toujours lorsque nous sommes tous là, nous prenons trois pistes de bowling côtes à côtes. Je suis sur la première avec Sophie, Debora, Kevin, Morgane et Maëlle. Sur la seconde, il y a Tristan, mon chéri, ses frangins, Marine et Melinda. Tandis que sur la dernière, jouent le club des cinq et Louise. Après trois parties, nous prenons un verre tous ensemble au bar du bowling. Avec les filles, nous décidons d'une matinée entre nanas pour le lendemain, à ma toile. Les garçons font un peu la tête. Voyant que Florent à la tête ailleurs, je salue tout le monde et rentre avec lui. Tristan me regarde étrangement, j'en déduis que pour l'instant Florent ne lui a rien dit. Il parait déçu que son meilleur ami ne lui ait pas encore parlé mais rassuré qu'il le fasse avec moi et ne reste pas seul. Tristan a vraiment beaucoup changé par rapport au début de l'été et je l'apprécie beaucoup, c'est vraiment une personne sur laquelle on peut compter. Lorsque Florent et moi arrivons à ma toile, il fond en larmes et me dit que ses frères ne vont jamais le pardonner. Ma première pensée est que s'il pense cela c'est vraiment grave car il le sait que ses frères savent qu'il fait tout pour leur bien. Je le serre fort dans mes bras pour le réconforter puis lui demande en chuchotant tendrement de me raconter depuis le début pour que je comprenne.
    -         Lorsqu'il est arrivé, ça a mal commencé parce que Nico a refusé de lui dire bonjour. Mon père a failli le frapper mais je l'en ai empêché. Le tout pendant que Gab regardait la scène, impuissant, à la limite de pleurer, comme c'est souvent le cas. Gab a la trouille de notre père. Puis, Gab et Nico sont retournés à leur toile. Nico essayant de réconforter un peu Gab sans laisser éclater sa rage. Mon père m'a ensuite parlé pendant plus de six heures sans me laisser manger et à peine boire ! Il m'a expliqué que c'est la dernière fois qu'on le voyait. En fait, il m'a avoué, presque avec fierté, ce con, qu'il mène une double vie.
    Alors que j'écarquille les yeux, Florent poursuit en ayant une voix qui traduit à la fois sa colère, sa déception et son impuissance face à la situation.
    -         Il m'a annoncé qu'il part vivre en Australie avec son autre femme et leurs quatre filles. Puis il a expliqué, avec un sourire quasi sadique, n'avoir jamais aimé ma mère et ne l'avoir épousée que pour sa fortune. J'en ai pleuré. Il m'a engueulé et frappé en me disant qu'un homme ne doit pas pleurer.
    Mon chéri fait une pause alors que sa voix commence à se serrer à force de retenir ses sanglots. Je lui prends sa main dans la mienne en signe de soutien et il reprend son récit après m'avoir fait un maigre sourire.
    -         Il m'a dit qu'il va vendre la maison dès que l'on va savoir où ma mère va être transférée. Et qu'il va nous acheter un appartement pour nous trois là-bas. Il va chacun nous ouvrir un compte bancaire spécial où il va nous verser chaque mois 1000€ et qu'il va nous payer tous nos frais de scolarité. Il m'a précisé qu'il ne nous parlera plus et que tous les échanges nécessaires se feront par le biais de son notaire. Il me confie la responsabilité légale de mes frères mineurs et ce jusqu'à leur majorité étant donné que maman est à l'hôpital.
    Il marque une pause et respire profondément avant de poursuivre.
    -         C'est trop pour moi toutes ces nouvelles. En plus il a fini par me dire qu'il voulait partir du camping sans croiser Nicolas qu'il n'a « jamais aimé » ce sont ses mots, « ni désiré ». Et pour Gabriel, il ne voulait pas le revoir avant de partir non plus car il a dit exactement « il est devenu une mauviette trouillarde qui ... »
    Florent ne finit pas sa phrase, étouffé par les sanglots. Je le prends dans mes bras et le serre fort contre moi tout en lui chuchotant des mots doux, que je l'aime.
    -         Mon amour, je serais toujours là pour toi quoi qu'il arrive. Maintenant essaye de dormir et l'on voit demain comment l'annoncer à tes frangins.
    -         Tu as raison ma Camille.
    Il s'endort aussitôt. Et je ne tarde pas non plus à m'endormir.
     
     

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